Grenoble, le 8 février 2008
Je suis animateur volontaire dans des structures d'accueil avec et sans hébergement
(anciennement les centres de loisirs et centres de vacances); je travaille durant mes vacances : soit en 24h/24h en structure d'accueil avec hébergement, soit de 7h à 19h en structure d'accueil sans hébergement et pendant vos vacances pour la plupart du temps. Je suis payé une misère et pourtant je ne manifeste pas, je ne râle pas. Je suis là chaque mercredi matin le sourire aux lèvres pour accueillir votre enfant et lui faire passer une bonne journée, ou le consoler à 3h du matin quand ses parents lui manquent.
Les préjugés sur les animateurs sont nombreux : « ils se croient en vacances », « ils profitent du soleil », « ils sont payés pour aller faire de la voile avec nos chères enfants » et le pire « ils sont payés à manger, à faire du gardiennage et à draguer avec les autres animatrices autour d'un café. ». Les réunions de préparation jusqu'à 2h ou 3h du matin en se levant à 7h pour préparer le petit déjeuner, les vomis dans les bus et le fait de se défoncer chaque jour pour que vos enfants s'amusent et soient en vacances. Pensez-vous réellement que nous sommes, nous aussi, en vacances?
D'après le décret du 28 juillet 2006, je dois être rémunéré 2,2 fois le SMIC horaire par jour : cela fait minimum 18,56¤ pour une tranche horaire d'environ 12h en centre de loisirs et pour 24h par jour en centre de vacances. Mais si je fais ce boulot, ce n'est pas par nécessité ou par ultime possibilité, mais par volonté.
Mais voilà sur 52 semaines et environ 14 semaines de vacances scolaires (le moment où je bosse et où je peux enfin payer mon loyer) je dois bosser seulement 80 jours sur les 12 derniers mois consécutifs: soit 21% de mon année. Mais les classes de découverte, les mercredis, les activités du vendredi soir, chacun de ces moments sont comptés comme une journée dans ces 80 jours ; ce qui fait que sur mes 12 derniers mois, en ayant bossé les mercredis, les vacances et en ayant amené des enfants faire de l'équitation le vendredi soir pendant seulement 2h, je me retrouve en arrêt de travail jusqu'à septembre 2008 car j'ai largement dépassé les 80 jours de contrat engagement éducatif.
Où est le volontariat si on nous empêche d'être « exploité » correctement, où est l'ambition de faire un projet avec des enfants si on sait que dans 2 jours je dois les abandonner sinon je ne pourrai pas bosser cet été en centre de vacances. Et surtout je dis quoi aux 8 MJC, MPT et associations qui m'ont demandé de venir travailler chez eux pendant les prochaines vacances car ils savent que je suis l'un des rares animateurs volontaires avec mon BAFA complet et qu'en plus je fais du bon travail?
J'ai cru entendre un président dire qu'on pouvait travailler plus pour gagner plus et je l'affrime haut et fort que j'ai envie de continuer à bosser 12h par jour pour 18,56¤. C'est une réalité, le mec qui est derrière son bureau entrain de mettre une croix sur l'arrivée de votre enfant, il est pas obnubilé par l'argent (sinon il ne ferait pas ce boulot) il est maintenant dans l'obligation, soit de mentir à son employeur pour avoir un boulot correct dans l'animation, soit son employeur préfère passer outre la loi et avoir un BAFA complet et sérieux pour assurer avec la sécurité affective, morale et physique de votre enfant plutôt que de fermer pendant les vacances.
La liberté, le volontariat, le travailler plus pour gagner plus, où sont-ils?
Julien Perotin